Une nouvelle doxa

« Les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce qu’on veut leur faire dire. » (Alfred Sauvy)

Malgré les incertitudes tant sur les processus que sur les données disponibles, en dépit des divergences entre les prévisions des modèle et les observations, la thèse du réchauffement du aux émissions de Gaz à Effet de Serre s’est imposée comme une vérité scientifiquement démontrée.

Comment cette doxa a-t-elle pu s’installer dans la presse, chez les intellectuels, les milieux politiques et l’opinion au point que les scientifiques travaillant sur d’autres hypothèses que le CO2 soient ostracisés, traités de négationnistes de révisionnistes de chevaliers de la terre plate, d’ennemis de la science ?

Le GIEC a acquis une légitimité telle que ses travaux sont censés refléter l’état de la science acceptée par une communauté scientifique unanime.

La presse relaie ses publications de façon grossièrement simplifiée et sur un mode catastrophique ; les politiques sont contraints d’avaliser ses prévisions et de prendre dans l’urgence des mesures pour accélérer la transition énergétique

Sans aucune légitimité démocratique, le GIEC  a ainsi décrété l’état d’urgence climatique  (la planète en danger).

La planète en danger

Le parti pris d’alarmisme a été adopté par le 1er président du GIEC, John Houghton, qui déclarait au Sunday Telegraph en 1995 [1]:

« Si nous voulons une bonne politique environnementale dans le futur, nous avons besoin d’un désastre ».

Un alarmisme fortement teinté de messianisme religieux :

« Dieu essaie d’amadouer et de séduire, mais il utilise aussi les catastrophes. Les péchés de l’homme peuvent être impliqués; l’effet sera le même »

Maurice Strong [2], ancien secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement et premier directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) fut la cheville ouvrière du montage onusien qui a conduit à la création du GIEC a déclaré :

 « Nous pourrions en être arrivés au point où le seul moyen de sauver le monde serait l’effondrement de la civilisation industrielle ».

 Stephen Schneider qui dans les années 1970 faisait la promotion du scénario du “Refroidissement Global” a inauguré l’ère des « doomsayers » : en 1996, il déclarait à l’American Physical Society  News (Août/septembre 1996) :

 « Afin de capturer l’imagination du public, nous devons promouvoir des scénarios de panique, proférer des déclarations dramatiques, et très simplifiées, et faire abstraction de tout doute que nous puissions avoir… « 

 Al Gore interrogé par le journaliste Dave Roberts du Grist magazine, a propos de son film : “An Inconvenient Truth,”:

« Je crois qu’il est approprié de donner une sur représentation de la réalité factuelle sur la dangerosité du réchauffement climatique pour qu’ensuite se crée une audience prête à entendre ce que doivent être les solutions et combien il est souhaitable que nous parvenions à régler cette crise ».

 Quand à James Hansen qui fut le conseiller personnel d’ d’AL GORE pour le film « une vérité qui dérange », témoignant fin 2007 devant une commission chargée de statuer sur la construction d’une centrale à charbon dans l’Iowa [3], Hansen compare les convois de houille aux « trains de la mort » sillonnant l’Europe à destination des camps d’extermination nazis pendant la 2ème guerre mondiale et accuse les climato sceptiques de perpétrer des « crimes contre l’humanité ».

 Cette utilisation systématique de la peur a rendu tout débat impossible entre les partisans des thèses du GIEC et les « sceptiques », qui sont d’emblée voués aux gémonies et catalogués comme des conspirationnistes à la solde des lobbies pétroliers.

Le GIEC : une démarche politique drapée dans les oripeaux de la science

Le GIEC ne fait pas qu’évaluer des prévisions de réchauffement ; il étudie aussi les conséquences du réchauffement et propose des mesures pour en atténuer ses conséquences.

L’institution est donc organisée en 3 groupes de travail produisant chacun son propre rapport :

  • Partie I sur les changements climatiques ;
  • Partie II sur les impacts de ces changements ;
  • Partie III sur les mesures d’atténuation.

Un rapport de synthèse couronne l’ensemble.

Les rapports principaux comportent environ 2000 pages et seront lus par un nombre très réduit de personnes. Un « résumé pour décideurs »  associé 3 volumes et au rapport de synthèse récapitule dans un format condensé (environ 30 pages) les conclusions pour les non-experts (journalistes et décideurs politiques).

 Des prévisions de réchauffement aux conséquences économiques et sociétales

Dans son 5ème rapport (2013), le GIEC envisage 4 profils d’évolution de concentration de gaz à effet de serre, les RCP (Representative concentration pathways), et  cinq familles de scenarios de réponses socio-économiques aux élévations de température nommés SSP (pour Shared Socio economic Pathways).

Il en résulte 13 combinaisons possibles décrivant un état du monde plus ou moins apocalyptique en 2100.

Pour chacun des quatre « profils représentatifs » définis pour le Groupe 1, les rédacteurs du groupe II établissent des prévisions sur les ressources en eau, l’agriculture, les ressources halieutiques, la sécurité, les migrations, l’élévation du niveau des mers, etc.

En parallèle, les sociologues et les économistes du groupe III travaillent sur des scénarios présentant diverses caractéristiques de développements socio-économiques et diverses stratégies d’adaptation et d’atténuation.

Ce  mélange des registres est source de confusion  et alimente l’alarmisme

Ainsi le rapport N° 2 qui est celui qui frappe le plus l’opinion du fait de la description des effets du réchauffement climatique s’appuie sur les conséquences des scénarios les plus alarmistes du groupe 1 (+4,8° en 2100).

Ce qui permet à M. Chris Field, coprésident du Groupe de travail II de dire à propos de son rapport publié au printemps 2014 :

« Vu le réchauffement considérable dû à l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, les risques vont être difficiles à gérer et même des investissements importants et soutenus dans l’adaptation auront leurs limites. »

Le « Résumé à l’intention des décideurs » : un rapport politique

S’adressant aux décideurs politiques, les « résumés pour décideurs » ne sont pas des documents scientifiques mais l’expression d’un compromis politique.

Dans le Point du 27 septembre 2013 Valérie Delmotte[4], rédactrice du GIEC décrit ainsi le processus d’élaboration d’un Résumé pour Décideurs :

« L’enjeu était de se mettre autour de la table pour approuver, mot par mot, « le résumé pour décideurs »  par l’assemblée des délégués des différents pays. Ce résumé d’une trentaine de pages est épuré des figures (graphes, cartes, etc.), mais reste technique. Il s’agit d’aller à l’essentiel. Chaque mot ayant un impact, ils doivent être choisis avec précision. Le document doit ensuite servir de base scientifique commune entre les pays (pour aider à la décision politique) ».

Ayant pour finalité d’appeler les politiques à l’action, Le RPD comporte d’importantes distorsions par rapport au rapport original qu’il est censé résumer.

Pierre Dariulat [5] a été auditionné dans le cadre de l’enquête lancée par La Chambre des communes (Energy and Climate Change Committee).

A propos de rapport AR5 il souligne les distorsions entre le résumé pour décideurs (36 pages), et le document scientifique (2200 pages) :

« En écrivant le Résumé pour décideurs, les auteurs sont devant un dilemme : ou bien ils s’expriment comme des scientifiques et doivent donc reconnaître qu’il y a trop d’inconnus pour faire des prévisions fiables, tant dans les mécanismes en jeu que dans les données disponibles; soit ils transmettent ce qu’ils pensent de façon consensuelle être le message juste en renonçant à la rigueur scientifique. Ils ont délibérément choisi la dernière option. Le résultat est un message scientifique alarmiste déformé par rapport au message scientifique initial. »

La presse : un catastrophisme mal éclairé

En rendant compte des travaux du GIEC les journalistes tendent à fusionner les différents résumés pour décideurs pour une présentation la plus alarmiste possible.

Monde du 14 avril 2014 fournit un bon exemple de cet amalgame :

 Réchauffement : les 10 points marquants du rapport du GIEC

  •  Jusqu’à 4,8 °C d’augmentation de la température d’ici à 2100
  • Un réchauffement d’origine humaine
  • Une hausse du niveau des mers jusqu’à un mètre
  • Des événements climatiques extrêmes plus nombreux
  • Une insécurité alimentaire exacerbée
  • Des problèmes sanitaires en hausse
  • Des risques accrus d’extinction des espèces
  • Plus de conflits et de rivalités
  • Un coût économique de l’inaction élevé
  • Un modèle énergétique à revoir

La presse française sacrifie-t-elle au sensationnel (qui fait vendre), ou se veut-elle la porte parole zélé du GIEC ?

Le Monde et Libération sont d’ardents militants de la cause climatiques, un militantisme confinant au sacerdoce.

Lors d’un colloque à Bruxelles, Sylvain Huet (Libération) après avoir dénoncé les méthodes de voyou de Claude Allègre) se sentant investi d’une mission divine propose une sainte alliance entre les scientifiques et les journalistes :

D’abord que la qualité du débat politique et citoyen sur un sujet dont la composante scientifique et technique est aussi forte passe par une sorte d’alliance intellectuelle entre scientifiques et journalistes. Je n’ose la qualifier de « sainte », mais elle est en tous cas nécessaire. Elle suppose que chacun fasse une part du chemin.

 (Colloque « Les journalistes face au street fight climatique » – 27 et 28 octobre 2010- Bruxelles)

 LeMonde.fr du 06 juin 2014 relatant 2 évènements :

Un  déplacement au Vatican en novembre 2013 de Nicolas Hulot, (envoyé spécial de l’Elysée pour la protection de la planète), parti dans « un acte d’espoir et de désespoir » afin que les autorités spirituelles « …clarifient la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la Création ».

Des organisations religieuses invitent à jeûner le premier jour de chaque mois à partir de juillet et jusqu’en décembre 2015, date de la conférence sur le climat à Paris « en solidarité avec les populations déjà touchées par les effets du changement climatique à travers le monde ».

Commentaire de Stéphane Foucart  :

« Les voies de la science et de la raison ayant échoué à convaincre, il n’était pas absurde d’en chercher d’autres et, pourquoi pas, celles de la foi. C’est, à propos du changement climatique, ce qui semble se produire ces jours-ci. »

Les politiques : Objectif « 2° C « 

La classe politique (du moins dans les pays démocratiques), avalise sans réserves les recommandations du GIEC tétanisée par la peur de s’exposer à la sanction électorale d’une population désinformée par la pression des médias et des ONG : toute prise de position politique qui contredirait les thèses du GIEC est devenue électoralement suicidaire.

Dans une position schizophrénique nos dirigeants prétendent vouloir s’engager sur un programme de réduction des émissions des GES en même temps qu’ils appellent à la reprise de la croissance nécessaires pour résorber un chômage de masse, 2 objectifs assurément incompatibles.

Le tout noyé dans un discours filandreux sur l’économie verte censée créer des millions d’emplois.

Lors de la Conférence de Copenhague, les dirigeants politiques se sont engagés à limiter à 2° le réchauffement climatique en 2100, (comme s’il s’agissait d’un compromis arraché de haute lutte dans une négociation), sur le thème : si nous ne faisons rien, c’est l’apocalypse, si nous agissons, il est encore temps de limiter le réchauffement à 2°.

Si les prévisions du GIEC sont correctes, la limitation à 2° suppose une stabilisation des émissions à 660 PPM en 2100 (scénario 4.5). Nous en sommes à 400 ppm, autant dire que cet objectif supposerait une révision radicale de notre modèle de croissance au niveau mondial.

 Lors du sommet du G8 à Deauville en mai 201, Barack Obama avait confirmé à ses partenaires que les Etats-Unis ne se joindraient pas à un «Kyoto-bis», comme l’auraient voulu les Européens.

Ce qui ne l’a pas empêché de déclarer lors du discours sur l’Etat de L’union (Janvier 2014) :

 « Le changement vers une économie plus propre ne se fera pas du jour au lendemain et nécessitera des choix douloureux…Mais le débat est clos. Le changement climatique est un fait. Et quand nos petits enfants nous regarderont dans les yeux et nous demanderont si nous avons fait tout ce que nous pouvions pour leur laisser un monde plus sûr et plus stable avec de nouvelles sources d’énergie, je veux que nous soyons capables de dire : oui, nous l’avons fait ».

Duplicité ?

Lire la suite : la transition énergétique, ne pas se tromper de cible

Le cahier des charges du GIEC, vice originel  – La planète se réchauffe t-elle ? –  Ce qui est établi, ce qui reste incertain – Climato sceptique ou GIECO sceptique ? – Des causes naturelles sous estimées– Réflexion sur la complexité  – Peux t-on faire confier l’avenir à des modèles ? — Une nouvelle doxa – La transition énergétique : ne pas se tromper de cible

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[1]              If we want a good environmental policy in the future, we’ll have to have a disaster  Interview Sunday … God tries to coax and woo, but he also uses disasters. Human sin may be involved; the effect will be the same
Telegraph 10/09/1995 (http://john-adams.co.uk/wp-content/uploads/2010/02/houghton-and-god.pdf )
[2]               Maurice Strong est aussi un homme d’affaires et une personnalité complexe : impliqué dans le sur le scandale «pétrole contre nourriture » par la commission Volcker, chargée d’enquêter, il a été obligé de quitter l’ONU.
[3]              Le Monde.fr du 03 avril 2013 : Le climatologue franc-tireur James Hansen quitte la NASA – http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/03/james-hansen-climatologue-franc-tireur-quitte-la-nasa_3152722_3244.html
[4]              Valérie Masson-Delmotte (directrice de recherche au CEA), responsable de l’équipe « Dynamique et archives du climat »)
[5]              Pierre DARIULAT  est Professeur de physique au laboratoire VATLY de Hanoï (Vietnam), ancien directeur de la recherche du CERN, et lauréat 2008 du prix André Lagarrigue

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