Climato sceptique ou GIECO sceptique ?

Le scepticisme est le premier pas vers la vérité

(Diderot, Pensées philosophiques).

Pourquoi le doute, moteur essentiel de la démarche scientifique devient-il scandaleux quand il s’applique à la climatologie ?

Pourquoi, comme l’écrit Serge Galam [1],

« celui qui affirme détenir « la » vérité voit ses paroles prises pour argent comptant quand celui qui réclame une preuve de cette affirmation non démontrée scientifiquement doit-il, pour être écouté, apporter la preuve que la vérité défendue sans preuve est fausse » ?

Qu’est-ce que le climato-scepticisme ?

Dans le populisme Climatique [2], Stéphane Foucart nous en propose une définition  extensive : est climato-sceptique quiconque soit a) nie l’existence d’un changement climatique, soit b) l’accepte mais en nie le caractère anthropique, soit c) accepte ce diagnostic scientifique mais ne le considère pas comme dangereux pour les sociétés humaines, soit encore d) estime qu’il est possible « avec des manipulations plus ou moins grandes » de défaire ce qui a été fait ou tout au moins d’en atténuer les effets les plus dommageables.

En réalité, mais ce n’est qu’implicite dans son raisonnement, en vertu de l’identité GIEC = Science,  tout opposant au GIEC devient ipso-facto un climato-sceptique (et dans sa terminologie « ennemi de la science »).

Car pour ce journaliste :

« la production du GIEC est la science puisqu’elle ne fait qu’en offrir une synthèse. Les rapports du GIEC ne sont pas la vérité . Ils sont sa meilleure approximation à partir des données scientifiques et des savoirs disponibles. La science n’est rien de plus » (page 34).

Ce que Stéphane Foucart oublie c’est que la synthèse offerte par le GIEC est nécessairement biaisée puisque conformément au mandat qui lui a été donné lors de sa création le GIEC ne s’intéresse qu’au « changement climatique d’origine humaine », et n’examine donc que les travaux des scientifiques en accord avec cette hypothèse.

Qui sont les sceptiques ?

En France Claude Allègre et Vincent Courtillot [3] sont les plus connus.

« Le populisme climatique » de Stéphane Foucart est entièrement dédié à ces 2 scientifiques, dont la croisade « climato-sceptique » qu’ils mènent contre le consensus du GIEC est

« forgée dans la tromperie, la manipulation des données, l’intrigue et l’instrumentalisation du scepticisme scientifique » et « n’est rien d’autre que la tête de pont, en France, d’un phénomène construit de toutes pièces à la fin des années 1980 dans les cercles de l’ultra-libéralisme américain« .

 Stéphane Foucart épingle également Marcel Leroux « personnalité contestée et totalement marginale dans la communauté scientifique », cette condescendance due probablement au fait que l’intéressé (décédé en 2008) n’était que géographe.

Marcel Leroux était Professeur émérite de climatologie à l’université Jean Moulin Lyon 3, et Directeur du Laboratoire de climatologie, risques et environnement.

Marcel Leroux était opposé au GIEC :

« Cette focalisation, par défaut, sur l’effet de serre, est révélatrice de l’état de la discipline climatologique. En dépit de progrès considérables dans l’observation (par le satellite notamment) et dans le traitement (informatique), la discipline est dans une impasse conceptuelle depuis une cinquantaine d’années. Les modèles, en particulier, ne rendent pas compte des mécanismes véritables de la circulation générale, pourtant responsable de la transmission des changements climatiques »

(Académie des Sciences, Paris. Séminaire de Travail : Evolution du Climat – 5 mars 2007)

Curieusement, Stéphane Foucart ne cite pas Pierre Morel, fondateur du Laboratoire de Météorologie Dynamique (LMD), pourtant résolument opposé au GIEC.

Selon Pierre MOREL :

 « en l’absence d’analyse critique de résultats pris pour argent comptant et de toute stratégie de recherche pour pallier les défauts les plus évidents, j’estime que le GIEC a exercé une influence globalement négative sur le développement des sciences du climat »…

« …aucun modèle ne peut, en l’état actuel de l’art, représenter fidèlement la totalité des processus physiques en jeu« …

« L’évolution du climat global est tout simplement trop petite jusqu’ à présent (en regard des variations météorologiques aléatoires et de l’incertitude des données d’observation pour autoriser un diagnostic assuré des changements à long terme, encore moins l’identification de relations putatives de cause à effet basée sur des corrélations entre deux ou plusieurs signaux climatiques incertains ».[4]

Yves Lenoir chercheur à l’École nationale supérieure des mines de Paris écologiste de la 1ère heure et ancien militant de Greenpeace est cité.

Mais selon le journaliste, c’est son farouche opposition au nucléaire « qui est le principal combustible du climato-sceptisme ».

La critique du GIEC d’Yves Lenoir est sévère :

 « Parce que cette institution, créée sous l’égide de l’ONU en 1988, fonctionne comme une technocratie au sens classique du terme. C’est-à-dire qu’elle génère sa propre légitimité, invente un discours qui lui donne raison et qui, s’il n’a pas force de loi, a au moins valeur de paradigme. Le tout sans aucun contrôle démocratique. D’un point de vue opérationnel, on s’aperçoit que le Giec, comme la plupart des institutions onusiennes, bâtit des projets scientifiques à long terme destinés d’abord à lever des fonds. Une fois que la machine est lancée, elle tourne toute seule et les financements arrivent de façon quasi automatique. Il faut bien avoir ce fonctionnement à l’esprit quand on se penche sur la question climatique et le discours catastrophiste qui l’accompagne. »

A l’étranger : nombre de « climato sceptiques » sont d’anciens (et même d’actuels) collaborateurs du GIEC :

Richard Lintzen, Professeur au MIT, R. Lindzen est l’un des principaux auteurs du chapitre 7, « Processus climatiques physiques et rétroactions », du troisième rapport d’évaluation du GIEC (AR3).

Depuis, il est devenu l’un de ses principaux critiques.  Il pense que le sensibilité du climat aux émissions de CO2 est exagérée ; il a proposé dès 2001 une hypothèse selon laquelle l’augmentation de la température de surface de la mer aux tropiques aurait pour effet une réduction de la couverture nuageuse de cirrus et ainsi un renvoi accru de rayonnement infrarouge de l’atmosphère terrestre dans l’espace (l’effet Iris).

Judith Curry, Professeur à l’Ecole de la Terre et des Sciences atmosphériques (“School of Earth and Atmospheric Sciences”)” de l’Institut de technologie de Georgia, Presidente du “Climate Forecast Applications Network” (CFAN) et membre du Comité “NASA Advisory Council Earth Science.

Judith Curry a contribué aux 3 premiers rapports du GIEC.

« Personne ne pense vraiment que les conclusions scientifiques sont définitivement établies, ni que le débat est terminé» Ceux qui le disent se placent dans le cadre d’un agenda politique ». (février 2010).

Hans von Storch, climatologue allemand, Professeur à l’Institut de Météorologie de l’Université de Hambourg, collaborateur du GIEC) interviewé par le magazine allemand Spiegel (juin 2013) :

« Jusqu’à présent, personne n’a été capable de fournir une réponse convaincante au fait que le changement climatique semble faire une pause. … Si les choses continuent comme elles l’ont fait, dans cinq ans, au plus tard, nous devrons reconnaître qu’il y a quelque chose de fondamentalement faux dans nos modèles climatiques. Une pause de 20 ans du réchauffement n’existe dans aucun modèle climatique. Mais même aujourd’hui, nous trouvons très difficile de réconcilier la tendance actuelle de la température avec nos prévisions ».

Mojib Latif, (Climatologue et océanographe) Professeur à l’Institut Leibniz des Sciences Marines de l’Université de Kiehl (Allemagne) expert du GIEC :

« nous pourrions être proches d’entrer dans une ou deux décennies de refroidissement climatique …ce refroidissement résulterait des variations cycliques des courants océaniques (PDO) et des températures de l’Atlantique Nord (NAO: oscillation Nord Atlantique)…je ne suis pas un des sceptiques du climat ; cependant, nous devons nous poser les questions dérangeantes nous-mêmes, sinon d’autres le feront ».

(Propos recueillis lors la 3° conférence sur le climat (dite WCC3) placée sous l’égide de l’ONU et de l’Organisation Météorologique Mondiale (WMO) – Genève 2009)

Yuri A. Izrael, Ancien vice-Président du GIEC,Directeur de l’institut d’économie et du climat :

« Aucun être humain sensible ne cherche le conflit, surtout avec des gouvernements. Mais si ne nous ne recherchons pas la vérité, nous sommes perdus, en tant qu’individus ou en tant que sociétés. C’est pour cela que je continue à dire qu’il n’existe aucune preuve que l’activité humaine soit responsable du changement climatique. »

Henrik Svensmark, physicien et professeur au Danish National Space Institute, Division physique du système solaire : connu pour ses recherche sur l’influence des rayons cosmiques sur la formation des nuages. L’hypothèse d’H. Svensmark a fait l’objet d’une expérimentation au CERN dont les conclusions tendent à valider ses travaux.

Nicola Scafetta, chercheur à l’ACRIM Lab group (Active Cavity Radiometer Irradiance Monitor) et professeur à Duke University (physics department). Ses travaux portent sur les systèmes complexes non linéaires et leur application à de nombreux domaines (dont la climatologie).

Avec son collègue Bruce J. West, il a publié en 2006 dans les Geophysical Research Letters une étude sur l’influence du rayonnement solaire sur le climat du XXe siècle:

« Nos résultats concluent que le soleil pourrait avoir produit environ 50 % du réchauffement global du dernier siècle. Dans la période 1950-2000, la contribution du soleil s’établit à environ 30 %. Par ailleurs, la magnitude des valeurs des quatre paramètres de sensibilité climatique suggère que le climat est 1,5 à 3 fois plus sensible aux changements solaires que ne le simulent la plupart des modèles actuels. »

Syun Akasofu, fondateur de l’Arctic Research Center. Il est auteur ou coauteur de 536 publications dans des revues internationales à comité de lecture, selon qui le comportement des banquises et des glaciers ne saurait être corrélé aux émissions de CO2.

Il défend l’idée que les variations de températures récentes (depuis 1800) résultent de la superposition de deux phénomènes naturels qui sont :

  •  Un lent et faible réchauffement linéaire dû à la sortie du précédent petit âge glaciaire qui s’est achevé vers 1800 ;
  • Des phases oscillantes multidécennales résultant des oscillations océaniques naturelles.

Robert Carter, géologue des océans et spécialiste de l’environnement a occupé des postes universitaires à l’Université d’Otago (Dunedin) et à l’Université James Cook (Townsville) où il a été professeur et directeur de l’enseignement des Sciences de la Terre entre 1981 et 1999, il est l’auteur du livre, “Climat: le Contre-Consensus” (2010, Stacey International Ltd, Londres).

« Jusqu’à ce que nous comprenions mieux la variabilité climatique interne, nous ne savons tout simplement pas comment calculer la sensibilité climatique au forçage des gaz à effet de serre ».

Roy Spencer, Université de l’Alabama (Huntsville), un des principaux responsables du programme satellite de la NASA (Advanced Microwave Scanning Radiometer (AMSR-E). Il est connu pour ses travaux sur les relevés de température par satellite pour lequel il a reçu « the American Meteorological Society’s Special Award ».

Roy Spencer est éditeur d’un blog qui publie tous les mois les anomalies de température de la base atmosphère par rapport à la moyenne de période 1981-2010 (les 1ères mesures satellitaires ont commencé en 1979).

Roy Spencer estime que l’oscillation pacifique décennale (PDO) est la clé pour l’explication du climat mondial.

John Christy, Professeur de sciences atmosphérique et Directeur de l’ESSC (Earth System Science Center ) de l’université Alabama/Huntsville. Il a participé à tous les rapports du GlEC.

En mars 2009 à Hawaii, lors du meeting des auteurs principaux du GlEC, préparatoire au travail du rapport AR5, il a présenté (sans être entendu) une contribution insistant sur l’écart croissant entre mesures et prévisions des modèles et sur l’exagération de la sensibilité de Ia température terrestre au CO2.

Interviewé par CBSNews.com le 30 septembre 2014 il déclarait :

« La température de la terre connait « un plateau » et il n’y a pas eu de réchauffement global depuis les 18 dernières années. C’est basiquement un fait, il n’y a peu de commentaires à faire à ce propos. »

Carl Wunsch, océanographe, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) :

« Notre insuffisante connaissance de l’océan met toute prédiction du climat à long ou moyen terme hors du champ de la science ».

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Lire la suite : les causes naturelles sous estimées

Le cahier des charges du GIEC, vice originel  – La planète se réchauffe t-elle ? –  Ce qui est établi, ce qui reste incertain – Climato sceptique ou GIECO sceptique ? – Des causes naturelles sous estimées– Réflexion sur la complexité  – Peux t-on faire confier l’avenir à des modèles ? — Une nouvelle doxa – La transition énergétique : ne pas se tromper de cible

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[1]              Serge Galam : « les scientifiques on perdu le Nord »
[2]              Le populisme climatique Claude Allègre et Cie – Enquête sur les ennemis de la science Stéphane Foucart – editions Denoel Impacts
[3]              A eux seuls ces 2 scientifiques avait déstabilisé la communauté des climatologues française au point que celle-ci en soit venue à demander à Valérie Pécresse, Ministre de la recherche de l’époque de les soutenir ; nous sommes en 2010 :
 En réaction contre les « affirmations péremptoires » de Claude allègre et Vincent Courtillot 400 scientifiques en ont appelé à la ministre Valérie Pécresse (Lemonde.fr du 01 avril 2010)
               « Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de notre communauté… Nous pensons que ces accusations demandent une réaction de votre part, et l’expression publique de votre confiance vis-à-vis de notre intégrité et du sérieux de nos travaux. »Réagissant à cette pétition, Axel Kahn fustige dans Marianne «l’infantilisme extravagant d’une partie de la communauté scientifique, si assurée de son confort paisible et certaine d’être adoubée, que l’inconfort de la critique lui semble invraisemblable »
A la suite de cette pétition, la ministre de la Recherche de l’époque a confié à l’Académie des sciences le soin d’organiser un débat contradictoire. Il a réuni 120 scientifiques et s’est tenu à huis clos (pourquoi à huis clos ?).
Un compte rendu a été publié un mois plus tard :
                 « Depuis la seconde moitié du 19ème siècle, plusieurs indicateurs indépendants montrent sans ambiguïté un réchauffement climatique, post-petit âge glaciaire, modulé dans le temps avec une augmentation de 1975 à 2003…. L’effet direct se traduit, pour un doublement du CO2 atmosphérique, par un réchauffement moyen en surface évalué à 1,1° +-0,2 °C. La rétroaction radiative de la vapeur d’ eau conduit, dans toutes les modélisations, à augmenter l’effet direct de 0,5 à 1°… » les éventuels comportements instables ou chaotiques du système atmosphère, océan, cryosphère et surfaces continentales sont un autre facteur Important d’incertitude ».
[4]                (P. Morel : « Réchauffement planétaire et science du climat, conférence au Bureau des Longitudes, 7 octobre 2009).

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