La COP21 va régler le thermostat de la planète

Résumé

195 Etats membres vont se réunir à Paris du 30 novembre au 11 décembre pour trouver un accord sur une réduction des émissions de GES censée permettre de limiter la hausse de la température du globe à 2°C en 2100[1]100 milliards de dollars par an doivent être mobilisés pour alimenter un fonds d’aide à la transition dans les pays du Sud qui s’ajouteraient à l’aide publique au développement (APD). 146 Etats ont rendu leurs contributions : l’écart entre les prescriptions du GIEC pour atteindre l’objectif des 2°C et les propositions des Etats est d’ores et déjà patent. L’idée qu’une négociation internationale puisse parvenir à « régler » la température de la planète en 2100 apparaît totalement surréaliste au regard de l’ampleur des incertitudes scientifiques.

Selon le GIEC : l’objectif + 2°C implique de diviser par 2 les émissions

Selon le rapport AR5 du GIEC[2], la limitation du réchauffement à moins de 2 °C nécessiterait que les émissions cumulées de toutes les sources anthropiques de CO2 de 1860 à 2100 soient inférieures à 1 000 Giga tonnes de carbone ; et encore ce résultat ne serait obtenu qu’avec une probabilité supérieure à 66%. Considérant que les émissions anthropiques cumulées de CO2 jusqu’en 2011 sont estimées à 515 GtC, il s’en suit que le total des émissions entre 2011 et 2100 ne devrait pas dépasser 485 GTC, soit une moyenne annuelle de 5,4 GTC sur cette période de 89 ans. Les émissions anthropiques annuelles de CO2 étant  estimées à 10,5 GtC an, c’est donc à une division par 2 des émissions de CO2 à laquelle faudrait procéder pour atteindre l’objectif; les réductions sont encore plus drastiques si l’on prend en compte les autres Gaz à effet de serre[3]. Cet objectif correspond au scénario RCP2.6 du GIEC[4], scénario très volontariste d’atténuation des émissions puisqu’il conduirait à une concentration de Gaz à effet de serre de 475 ppm, à peine supérieure au niveau actuel (400 ppm). Il faut noter que le GIEC ne dit pas que le scénario RCP 2.6 permettrait de limiter le réchauffement à 2°C ; le GIEC dit que selon ce scénario le « dépassement de 2°C est improbable avec un degré de confiance moyen [5]« .

Les contributions des Etats : le compte n’y est pas

Selon Laurent Fabius, l’accord doit être universel et contraignant. Or Les contributions que doivent remettre les parties avant la conférence de Paris (INDC, pour Intended Nationally Determined Contribution) sont des intentions et non des engagements. Ces contributions se présentent donc sous des formes très variées : la réduction des émissions peut être exprimée en valeur absolue par rapport à une date, ou en valeur relative ; le périmètre des gaz couverts par l’engagement et les secteurs économiques visés peuvent varier; les contributions peuvent ou non prendre en compte les puits de carbone ou les émissions associées aux changements d’affectation des sols ( ce dernier point étant source de divergences entre les contributions, en particulier pour les pays forestiers). A ce jour, 146 Etats sur 195 ont rendu leurs contributions. Un accord universel et contraignant dans ce contexte ? on peut en douter.

Une agitation diplomatique absurde au regard des incertitudes scientifiques.

L’impasse totale dans laquelle la communauté internationale s’est placée en s’imposant dans l’urgence ce programme de réduction apparaît d’autant plus surréaliste que les incertitudes scientifiques sur l’effet réel des émissions sont très grandes, comme cela est  d’ailleurs implicitement reconnues par le GIEC. Ces incertitudes sont à 2 niveaux. D’une part on ne sait pas déterminer avec précision la concentration de CO2 anthropique dans l’atmosphère compte tenu des incertitudes du cycle du carbone; d’autre part la sensibilité réelle du climat à l’augmentation du CO2 n’est connue que dans une importante plage d’erreur.

Les incertitudes du cycle du carbone

Pour mesurer l’ampleur de ces incertitudes, il suffit de mentionner la difficulté que représente la simple estimation de la concentration en dioxyde de carbone de l’atmosphère selon les scénarios d’émission.[7]

Onze modèles utilisés par le GIEC ont produit des résultats variant de 1 à 10[8]

En vue de l’élaboration de son 4ème rapport, le GIEC a fait travailler plusieurs laboratoires sur les divers scénarios d’émission entre 2000 et 2100. Onze modèles utilisant un protocole commun devaient calculer la croissance de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, après échanges avec les océans et la biosphère. Les résultats sur la concentration du CO2 dans l’atmosphère en 2100 obtenus par les différents modèles présentaient une dispersion de 1 à 10. Pour les deux modèles extrêmes le CO2 supplémentaire variait entre 20 et 200 ppm ; pour la majorité des modèles les résultats se situent entre 50 et 100 ppm.

Le 5ème rapport du GIEC a donc fait l’impasse sur le cycle du carbone

Au vu de ces incertitudes, le GIEC a choisi pour son dernier rapport AR5 de définir ses 4 scénarios RCP (Representative Concentration Pathway) en termes de valeurs préétablies de concentration de Gaz à Effet de serre et non en termes de niveau d’émission comme dans ses précédents rapports. Le GIEC s’est ainsi affranchi des incertitudes du cycle du carbone, comme cela est explicitement indiqué dans son rapport de 2013 :

« Les RCP utilisés dans le RE5 sont définis comme des profils de concentration et donc les incertitudes liées au cycle du carbone affectant les concentrations atmosphériques en CO2 ne sont pas prises en compte dans les simulations CMIP5 forcées par des concentrations ». (GIEC AR5 Résumé Pour Décideurs  Groupe de travail n° 1 (Page 18).

Aux incertitudes du cycle du carbone s’ajoutent celles de la sensibilité réelle du climat à l’augmentation de Gaz à Effet de Serre.

La sensibilité climatique est définie comme le changement de la température moyenne du globe en surface sous l’effet d’un doublement de la concentration du CO2 atmosphérique. Il est admis (et cela n’est pas controversé) qu’un doublement de la concentration de CO2 induirait une élévation de la température de l’ordre de 1°C. Le reste du réchauffement prévu par les modèles en 2100 (jusqu’à +4,8°) serait du à un supposé effet amplificateur des nuages et de la vapeur d’eau ; or le comportement de la vapeur d’eau et des nuages (notamment les nuages bas) dans l’atmosphère est loin d’être complètement compris, ce que le GIEC admet dans son rapport de 2013 :

« La plupart des modèles supposent une rétroaction positive des nuages bas, mais ce comportement n’est pas bien compris ; aussi nous ne sommes pas certains que cela est réaliste.[9] « 

Dans son ouvrage « Combien pèse un nuage? » Jean-Pierre CHALON[10], Directeur de l’Ecole Nationale de la Météorologie, expert auprès de l’Organisation Météorologiste Mondiale, confirme l’incertitude due au comportement des nuages; il écrit :

« l’impact global des nuages sur le bilan radiatif de la planète est 40 fois supérieur à celui attribué aux variations des teneurs en gaz à effet de serre enregistrées au cours de ces 10 dernières années ».

C’est pourquoi le GIEC exprime la sensibilité du climat dans des fourchettes assez larges et en termes probabilistes[11] ; selon son rapport AR5 :

Il est probable que la sensibilité climatique à l’équilibre se situe entre 1,5 et 4,5 °C (degré de confiance élevé) ; extrêmement improbable que la sensibilité climatique à l’équilibre soit inférieure à 1 °C (degré de confiance élevé) ; très improbable que la sensibilité climatique à l’équilibre soit supérieure à 6 °C (degré de confiance moyen).

CONCLUSION

La mise en scène apocalyptique du réchauffement climatique est non seulement malhonnête elle est aussi inefficace et contreproductive. Malhonnête parce que la présentation alarmiste de la question climatique masque au public l’ampleur des incertitudes scientifiques. Inefficace car sauf à instaurer un ordre mondial autoritaire, on ne mettra jamais d’accord 193 Etats sur une réduction drastique des GES quand 1/4 de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable et à l’électricité.[12] Contreproductive enfin car même en admettant les effets potentiellement dangereux des Gaz à Effet de Serre, le parti pris d’alarmisme empêche une application raisonnable du principe de précaution, les gouvernements se trouvant placés devant des choix impossibles à faire. J’ajouterai la parfaite hypocrisie des dirigeants politiques qui font semblant d’ignorer que la croissance économique et la réduction drastique et brutale des Gaz à effet de serre sont des objectifs parfaitement incompatibles.


Références :

[1] par rapport au  niveau préindustriel 1861-1880

[2] GIEC AR5 GR 1 : Résumé Pour Décideurs page 25 : « limiter le réchauffement dû aux seules émissions anthropiques de CO2 à moins de 2 °C relativement à 1861-188022, avec une probabilité > 33 % , > 50 % et > 66 % nécessitera que les émissions cumulées de toutes les sources anthropiques de CO2 soient respectivement comprises entre 0 et environ 1 570 GtC (5 760 GtCO2), 0 et environ 1 210 GtC (4 440 GtCO2) et 0 et environ 1 000 GtC (3 670 GtCO2), depuis cette période…

[3] …Les bornes supérieures de ces estimations sont respectivement réduites à environ 900 GtC (3 300 GtCO2), 820 GtC (3 010 GtCO2) et 790 GtC (2 900 GtCO2), si l’on prend en compte les forçages autres que celui du CO2 comme dans le RCP2,6.  En 2011, le total déjà émis s’élevait à 515 [445 à 585] GtC (1890 [1630 à 2150] GtCO2) »

[4] Selon le GIEC, un réchauffement au-delà de 2 °C est probable pour RCP6,0 et RCP8,5 (degré de confiance élevé), plus probable qu’improbable pour RCP4,5 (degré de confiance élevé), improbable pour RCP2,6 (degré de confiance moyen).

[5] Degré de confiance moyen = « à peu près 5 chances sur 10 » – improbable = probabilité < 33% (IPCC : Report on Addressing Uncertainties)

[6] Depuis l’accident nucléaire, le Japon n’est parvenu à relancer qu’un seul de ses réacteurs construit des centrales au charbon pour compenser la perte de production d’électricité d’origine nucléaire.

[7] Cf Katia et Guy Laval : « incertitudes sur le climat » (Belin) page 10 et 11

[8] Climate–Carbon Cycle Feedback Analysis: Results from the C4 MIP Model Intercomparison. Journal of climate July 2006

[9] Low clouds contribute positive feedback in most models, but that behaviour is not well understood, nor effectively constrained by observations, so we are not confident that it is realistic. [7.2.4, 7.2.5, 7.2.6, Figures 7.9–7.11].

[10] « J.P. Chalon « Combien pèse un nuage? – EDP Sciences

[11] IPCC Assessment Report on Addressing Uncertainties :

High confidence : About 8 out of 10 chance – Medium confidence : About 5 out of 10 chance

Likely > 66% probability About as likely as not 33 to 66% probability – Unlikely < 33% probability- Very unlikely < 10% probability- Exceptionally unlikely < 1% probability

[12]         Selon l’AIE plus de 1,3 milliard de personnes n’ont pas accès aux services énergétiques modernes.

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2 commentaires pour La COP21 va régler le thermostat de la planète

  1. OGER dit :

    Question élémentaire : Quel est le pourcentage du CO2 anthropique intervenant dans les GES ? ( quelques % ! )
    J’entends souvent dire que la réduction de 20 à 30% des GES serait une nécessité pour limiter l’élévation de la t°.
    Comment compte-t-on agir sur l’ensemble de ces GES si l’on a action seulement sur une partie ridiculement réduite.
    GES = CO2 voilà ce qu’on a martelé depuis trop longtemps dans l’esprit du public.
    On ignore semble-t-il que les GES sont composés de nuages de vapeur d’eau et du CO2 naturel. On peut encore y ajouter quelques gaz connus qui en pourcentage dépassent même
    le CO2 anthopique. ( O3,méthane,NOx )
    Suis-je cohérent ?
    O.G.

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