Limiter la hausse de la température à +2°C en 2100 : une mission impossible !

Copenhague en 2009 : 195 membres de l’UNFCCC (UN Framework Convention on Climate Change) s’engagent à limiter la hausse de la température du globe à 2°C par rapport au  niveau préindustriel 1861-1880.

Les négociations internationales sont depuis focalisées sur cet objectif.

Est-il atteignable ?

Si l’on tient pour « réalistes » les prévisions du GIEC l’objectif est déjà hors de portée

Le 5ème rapport du GIEC s’appuie sur quatre scénarios (RCP) en fonction de leur forçage radiatif [1]total pour l’année 2100 par rapport à 1750  : 2,6 W m-2 pour le RCP2,6; 4,5 W m-2 pour le RCP4,5 etc.

Le RCP2,6 est un scénario très volontariste d’atténuation conduisant à  une concentration de Gaz à effet de serre (GES) à peine supérieure au niveau actuel ;

  • Les RCP4,5 et RCP6,0 sont des scénarios de stabilisation conduisant à des concentrations de GES de (respectivement) 630 et 800 ppm ;
  • Le RCP8,5 et un scénario dit « Business as usual » correspondant à des émissions très élevées conduisant à  une concentration des GES supérieure à 1000 ppm.

Rappelons que la concentration actuelle mesurée est de 400 ppm.[2]

Le  tableau ci-dessous présente les plages d’augmentation des températures en 2100 par rapport à la période de référence 1986-2005[3].

rcp

L’un de ces scénarios permettra  t-il de contenir le réchauffement à  moins de 2°C en 2100 ?

Selon le GIEC, un réchauffement au-delà de 2 °C :

  • est probable pour RCP6,0 et RCP8,5 (degré de confiance élevé),
  • plus probable qu’improbable pour RCP4,5 (degré de confiance élevé),
  • improbable pour RCP2,6 (degré de confiance moyen).

En d’autres termes seul le scénario RCP 2,6 présente une probabilité raisonnable (supérieure à 66%) [6]de limiter le réchauffement à moins de  2°C en 2100.

Mais quelle est maintenant la probabilité de mise en œuvre du scenario 2.6 qui rappelons le prévoit une concentration de GES en 2100 à peine supérieure au niveau actuel (475 ppm contre 400 ppm en 2013) ? nous y reviendrons.

L’approche par les quantités de CO2 relâchées dans l’atmosphère

 Cette approche est plus parlante car elle permet de prendre la mesure des efforts à fournir pour contenir les émissions à un niveau compatible avec les RPD.

D’après le rapport AR5, la limitation du réchauffement à moins de 2 °C (relativement à 1861-1880), nécessitera que les émissions cumulées de toutes les sources anthropiques de CO2 depuis cette période jusqu’en 2100 soient inférieures aux valeurs suivantes (exprimées en GtC, Giga tonnes de carbone) :

  • 1 570 GtC pour atteindre l’objectif avec une probabilité > 33 %
  • 1 210 GtC pour atteindre l’objectif avec une probabilité > 50 %
  • 1 000 GtC pour atteindre l’objectif avec une probabilité > 66 %

Or les émissions anthropiques cumulées de CO2 de1750 à 2011 sont estimées à 555 GtC.

On en déduit que l’augmentation annuelle des émissions de CO2 anthropique qui permettrait de limiter le réchauffement à 2 °C en 2100 (à partir du niveau de 2011, soit sur une période de 89 ans) devrait être limitée respectivement :

  • 11 gt/an, pour atteindre l’objectif de -2° avec une probabilité > 33 %
  • 7 gt/an, pour atteindre l’objectif de -2° avec une probabilité > 50 %
  • 5 gt/an, pour atteindre l’objectif de -2° avec une probabilité > 66 %

Considérant qu’en 2011 les émissions anthropiques annuelles de CO2 étaient estimées à 10,5 GtC an, c’est donc à une division par 2 des émissions qu’il faudrait procéder pour atteindre l’objectif d’une limitation du réchauffement de 2° avec une probabilité > 66%.

5 gt par an : on est à mi-chemin entre les scénarios 2.6 et4.5 comme le montre le tableau ci-dessous:

rid3

Tableau RID.3 | Émissions cumulées de CO2 pour la période 2012-2100 compatibles avec les concentrations atmosphériques simulées pour les RCP obtenues à partir de 15 modèles de système Terre CMIP5 {6.4, tableau 6.12, figure RT.19}
1 gigatonne de carbone (GtC)  correspond à 3,667 GtCO2.
Source : Rapport AR5 du GIEC (Résumé à l’intention des décideurs  du rapport du groupe scientifique.

On en déduit la valeur des émissions annuelles moyennes entre 2012 et 2100 (soit sur une période de 88 ans), compatibles avec les scénarios RCP.

emissions

Valeurs à rapprocher du niveau des émissions anthropiques annuelles de CO2 en 2010 estimées par le Groupe 3 [7]du GIEC à 10,3 Gt C (+/- 1,2) (38 Gt CO2eq en 2010). 

Faut-il tenir pour réalistes les prévisions du GIEC ?

Les prévisions de réchauffement du GIEC sont basées sur le postulat d’une

sensibilité climatique [8](changement de la température moyenne du globe en surface sous l’effet d’un doublement de la concentration du CO2 atmosphérique) « dopée » par un effet amplificateur des nuages et de la vapeur d’eau.

En l’absence d’une rétroactivité positive de la vapeur d’eau, il est admis qu’un doublement de la concentration du CO2 n’induirait qu’une augmentation de la température de l’ordre de 1°C.

L’augmentation de la température moyenne de la planète depuis 1850 (0,70°C), l’absence de réchauffement significatif depuis 1998 (soit depuis 17 ans) portent à penser que la sensibilité du climat aux émissions de CO2 est fortement exagérée par les modèles du GIEC.

C’est d’ailleurs ce que disent certains climatologues réputés :

Richard Lindzen climatologue Professeur au MIT déclarait en 2012 lors d’une audience à la Chambre des Communes à Westminster  [9]:

« Si l’on suppose que tout le réchauffement du dernier siècle est du à l’effet de serre d’origine  anthropique alors la sensibilité du climat à un doublement du CO2 est inférieure à 1°C. »

Roy Spencer [10]en se basant sur les données satellitaires de la NASA portant sur les années 2000 à 2011 montre qu’il y a plus de chaleur libérée dans l’espace que ce que prédisent les modèles.

Carl Wunsch océanographe, Professeur au MIT estime « qu’un budget radiatif atmosphérique prenant si peu en compte les changement dans les aérosols ou la distribution des nuages est un obstacle majeur à la détermination des changements du contenu de chaleur des océan ».

Mais les prévisions du GIEC ayant valeur de paradigme, les dirigeants de la planète sont « condamnés » à adhérer à ses thèses; ce sont donc sur les bases scientifiques posées par cette organisation que la prochaine conférence de Paris (la COP 21) en décembre 2005 va s’engager.

 Il ne s’est rien passé à Lima, il ne se passera rien  à Paris

Ce qui est fascinant dans cette affaire, c’est que  193 Etats  se sont laissés enfermer dans une telle impasse :  car il est devenu politiquement impossible de récuser (ou même de relativiser) les thèses du GIEC.

Et si les prévisions du GIEC sont justes, alors il n’y a pas de solutions réalistes qui permettraient de limiter le réchauffement à 2°C en 2100.

 D’où le vide abyssal des conclusions des travaux de la dernière conférence climatique de Lima (COP 20).

 ..où 193 pays se sont réunis pour aboutir à ce consternant résultat :[11]:

La COP20 s’est achevée sur une décision utile pour avancer vers la COP21…

 …Les points majeurs (de la négociation de Paris) sont désormais bien identifiés : la différenciation entre pays développés et pays en développement, la transparence des engagements et leur comparabilité, la forme juridique de l’accord, l’adaptation et le financement.

Qu’attendre donc de la COP 21 qui se tiendra à Paris en décembre 2015 ?

Il ne se passera rien  à Paris, sauf si …

 Sauf si la COP 21 trouvait un façon de sortir par le haut de cette impasse en augmentant la part du nucléaire dans le mix énergétique nécessaire à la dé carbonisation des économies.

Sans trop se compromettre le GIEC dans son 5ème rapport d’évaluation a ouvert la voie :

« l’énergie nucléaire est une technologie d’approvisionnement en électricité à faible émission de GES arrivée à maturité, mais sa part dans la production d’électricité mondiale a décliné (depuis 1993). L’énergie nucléaire pourrait apporter une contribution croissante à l’approvisionnement en énergie à faible carbone mais il existe une variété d’obstacles et de risques… »[12]

Depuis, des personnalités emblématiques de la thèse du réchauffement climatique d’origine anthropique  ont depuis fait leur « outing » :

James Hansen (pionnier de la thèse du réchauffement climatique), conseiller d’Al Gore pour son film « une vérité qui dérange » a récemment signé une lettre ouverte adressée « Aux personnes qui influencent la politique environnementale mais sont opposées à l’énergie nucléaire ».

Le texte a été publié intégralement par le New York Times [13]en novembre 2013.

Extrait :

« En tant que scientifiques du climat et de l’énergie préoccupés par le changement climatique, nous vous écrivons pour vous presser de plaider en faveur du développement et du déploiement d’installations nucléaires plus sûres. Nous apprécions l’importance que votre organisation attache au réchauffement global, et vos plaidoyers pour les énergies renouvelables. Mais l’opposition persistante à l’énergie nucléaire met en danger la capacité de l’humanité d’éviter un changement climatique dangereux ».

Michel Petit membre de l’académie des Sciences, ancien responsable du groupe français d’experts au GIEC président du comité scientifique l’Association « Sauvons le Climat », a écrit le 05 novembre 2014 un article intitulé « Oser le nucléaire pour trouver la solution au problème climatique ! »[14]

Jean JOUZEL vice président du groupe scientifique du GIEC déclarait en novembre 2014 à la SFEN (Société française d’Energie nucléaire) :  «Il y a très peu de scénarios qui réussissent à garder sous la barre des 2°C degrés sans nucléaire » [15].

Quant à l’Agence Internationale de l’Energie, elle fait savoir par l’intermédiaire de sa directrice exécutive (Maria van der Hoeve) que  «pour limiter efficacement l’augmentation des températures à 2 degrés, les capacités nucléaires doivent plus que doubler d’ici à 2050[16]».

  [1] Le forçage radiatif (qui se mesure en W/m2) est le changement de bilan radiatif (écart entre le rayonnement solaire entrant et les émissions de rayonnements infrarouges sortants) dû au changement d’un des facteurs dévolution du climat comme la concentration des gaz à effet de serre (Il).
[2] La barre symbolique des 400 ppm a été franchie le 9 mai 2013 selon les données enregistrées à l’observatoire du Mauna Loa.
[3] On note que la période de référence du rapport AR5 (moyenne 1986-2005) est différente de celle de l’accord de Copenhague (1861-1880).
[4] Concentrations de gaz à effet de serre [4](CO2 CH4 et de N2O) (valeurs exprimées en parties par millions)
 [5] L’augmentation des températures moyennes à la surface du globe pour la période 2081–2100, relativement à 1986–2005,
[6] Quantification des incertitudes selon le GIEC :
Probable correspond à une probabilité > 66%, Plus probable qu’improbable correspond à une probabilité >50%, Improbable correspond à une probabilité < 33%
 Un degré de confiance élevé correspond à « environ » 8 chances sur 10 ; Un degré de confiance moyen correspond à « environ » 5 chances sur 10
 (Traitement de l’incertitude par le Giec  : http://www.ipcc.ch/publications_and_data/ar4/syr/fr/mainsrds-1.html)
 [7] AR5 Groupe 3 Résumé pour décideurs ( http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ONERC_Resume_decideurs_vol3_AR5_fr_non_officielle_V3.pdf)
[8] Le GIEC exprime la sensibilité climatique en termes de probabilité ; selon le rapport AR5 :
– Il est probable (probabilité supérieure à 66%) que la sensibilité climatique à l’équilibre se situe entre 1,5 et 4,5 °C (degré de confiance élevé, soit environ 8 chances sur 10),
– extrêmement improbable (probabilité inférieure à 5 %), que la sensibilité climatique à l’équilibre soit inférieure à 1 °C (degré de confiance élevé)
– très improbable (probabilité inférieure à 10 %) que la sensibilité climatique à l’équilibre soit supérieure à 6 °C (degré de confiance moyen, soit environ 5 chances sur 10).
 [9] http://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/02148/RSL-HouseOfCommons_2148505a.pdf
[10] Roy Spencer, Université de l’Alabama (Huntsville)est un des principaux responsables du programme satellite de la NASA connu pour ses travaux sur les relevés de température par satellite pour lequel il a reçu « the American Meteorological Society’s Special Award « .
 [11] [11] http://www.cop21.gouv.fr/fr/actualit%C3%A9s/de-lima-paris
 [12] 5ème rapport d’évaluation du GIEC : Résumé à l’intention des décideurs du Groupe 3
[13] http://dotearth.blogs.nytimes.com//2013/11/03/to-those-influencing-environmental-policy-but-opposed-to-nuclear-power/
[14] http://sauvonsleclimat.typepad.fr/le_blog_de_lassociation_s/2014/11/oser-le-nucl%C3%A9aire-pour-trouver-la-solution-au-probl%C3%A8me-climatique-.html
[15] http://www.sfen.org/fr/le-blog-des-energies/le-giec-preconise-de-tripler-les-investissements-dans-les-energies-bas-carbone
[16] https://www.lenergieenquestions.fr/laie-recommande-de-doubler-les-capacites-nucleaires-mondiales/
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