Un changement climatique a précipité le déclin des civilisations de l’Age de Bronze indien

THE TIMES OF INDIA | SUBODH VARMA
3 AVRIL 2014

http://www.courrierinternational.com/article/2014/04/03/les-moussons-perdues-de-l-indus

Il y a 4100 ans, les grandes cités de la civilisation de la vallée de l’Indus, qui s’étendaient sur le Pakistan et l’Inde actuels, ont été mystérieusement abandonnées et cette société antique a lentement agonisé. La raison ? Une diminution brutale de la mousson. Ce n’est pas la première fois que l’hypothèse du changement climatique est évoquée pour expliquer ce déclin, mais jusqu’à présent, aucune preuve directe ne venait l’étayer. Cette preuve, une étude menée par des chercheurs de l’université de Cambridge et publiée le 25 février dans le journal Geology vient de l’apporter.

Les chercheurs ont analysé les isotopes contenus dans des coquilles de Melanoides tuberculata, un escargot aquatique, conservées dans les sédiments du Kotla Dahar, un lac antique de l’Etat du Haryana. Ils ont ainsi pu déterminer le volume des pluies qui était tombées du vivant de ces gastéropodes. Leur conclusion : la région a été touchée par un événement climatique mondial attesté, qui a eu par ailleurs un impact sur l’Ancien Empire d’Egypte, les civilisations du début de l’Age du bronze de Grèce et de Crète et l’empire akkadien de Mésopotamie.

« Nous pensons avoir désormais des éléments significatifs montrant qu’un événement climatique majeur s’est produit dans la zone où se situaient un grand nombre de villes de l’Indus, déclare le professeur David Hodell, paléo-climatologue à l’Université de Cambridge. Associés à des éléments venant de Meghalaya, dans le nord-est du pays, d’Oman et de la mer d’Arabie, nos résultats indiquent une forte diminution de la mousson d’été sur de grandes parties de l’Inde il y a 4100 ans. »

« Pendant toute cette période, la principale source d’alimentation du lac était probablement, comme aujourd’hui, la mousson, explique Yama Dixit, du département des Sciences de la terre de l’Université de Cambridge. Or nous avons constaté qu’il y a eu un changement brutal : à un moment, l’évaporation du lac s’est mise à dépasser les précipitations, ce qui indique une sécheresse. »

A cette époque, cette grande société urbaine de l’Age de Bronze indien s’étendait sur de vastes pans du Pakistan moderne et la plus grande partie de l’Inde occidentale. « Les grandes cités de la civilisation de l’Indus ont prospéré entre la deuxième moitié du troisième millénaire et le début du deuxième millénaire avant J-C., précise Cameron Petrie, spécialiste de l’archéologie de l’Iran et de l’Asie du Sud. La population vivait en grande partie dans des villages, mais il y avait aussi des ‘mégacités’ de 80 hectares – soit cent fois la surface d’un terrain de football- voire davantage. Elles pratiquaient un artisanat élaboré, un commerce local diversifié et avaient des échanges commerciaux avec des régions très éloignées, le Moyen-Orient actuel par exemple. Or à la moitié du deuxième millénaire avant J-C, tous les grands centres urbains s’étaient réduits de façon spectaculaire ou avaient été abandonnés. »

Plusieurs explications avaient été avancées : un changement du cours des grands cours d’eau alimentés par les glaciers, qui aurait affecté considérablement l’approvisionnement en eau et donc l’agriculture, une augmentation problématique de la population, une invasion et une guerre, ou encore une sécheresse prolongée causée par un changement du climat.

Mais l’étude montre que la désurbanisation de l’Indus, attestée par des études archéologiques et la datation au carbone 14, intervient précisément au moment où les pluies de la mousson se réduisent. « Nous estimons que l’événement climatique a duré environ deux cents ans puis les choses sont revenues à la situation que nous connaissons actuellement. La civilisation a dû faire face à une longue période de sécheresse », indique Hodell.

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