Bascule climatique reliant le climat des deux pôles

Communiqué de presse :Lundi, 13 Novembre 2006

Une association de chercheurs de 10 pays européens impliquant 3 laboratoires du CNRS et du CEA vient de mettre en évidence que les climats des deux pôles suivaient un phénomène de bascule durant la dernière période glaciaire.

Des bouleversements dans la circulation océanique atlantique semblent être au coeur de cette interdépendance entre les deux pôles.

Les résultats montrent qu’entre 55 000 et 20 000 ans dans le passé, l’Antarctique se réchauffait graduellement lorsque le Groenland était froid et que l’export d’eaux chaudes depuis l’océan sud jusqu’en Atlantique nord était réduit.

Réciproquement, l’Antarctique commencait à se refroidir à chaque fois que plus d’eaux chaudes s’écoulaient vers l’Atlantique nord, réchauffant le Groenland.

Cette nouvelle étude, publiée dans la revue Nature du 9 novembre 2006, révèle de plus l’existence d’une relation linéaire entre l’amplitude des réchauffements antarctiques et la durée des épisodes chauds au Groenland qui les suivent.

Dans le cadre du projet européen EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica), des chercheurs européens(1) ont pu établir une nouvelle reconstitution très précise de la température en Antarctique lors de la dernière période glaciaire. Ils ont démontré que la bascule climatique entre l’Antarctique et le Groenland, révélée auparavant pour quelques événements climatiques de large ampleur, est une caractéristique de l’ensemble de la période étudiée, car elle concerne aussi des événements de durée plus courte.

La synchronisation des enregistrements climatiques au Groenland et en Antarctique a été établie grâce aux changements globaux de la teneur atmosphérique en méthane enregistrée avec fiabilité dans les bulles d’air présentes dans la glace des deux pôles. Cette relation climatique a été approfondie grâce à de nouvelles données résultant du forage à Dronning Maud Land (secteur de l’Antarctique faisant face à l’océan Atlantique), qui viennent s’ajouter à celles du forage réalisé au Dôme C. Grâce au taux d’accumulation de neige plus élevé sur ce site que sur le plateau central de l’Antarctique, la carotte de glace prélevée a permis aux chercheurs d’établir une courbe de température plus détaillée, et une synchronisation plus précise par rapport aux variations de température du Groenland.

La circulation océanique Atlantique est mise en cause dans ce phénomène. Entre 55 000 et 20 000 ans dans le passé, de nombreux épisodes de réchauffements graduels de faible amplitude sont observés en Antarctique au moment même où le Groenland subit des conditions particulièrement froides et que l’export d’eau depuis l’océan entourant l’Antarctique vers l’Atlantique nord est réduit. À l’opposé, les épisodes de refroidissement de l’Antarctique sont associés à une reprise de vigueur de cet export d’eau et à un réchauffement du Groenland.

L’amplitude des réchauffements en Antarctique apparaît corrélée linéairement à la durée des phases chaudes correspondantes au Groenland. Cette étude suggère ainsi que la quantité de chaleur accumulée dans l’océan circum-Antarctique durant les phases de ralentissement de la circulation océanique conditionne la durée pendant laquelle cette circulation reprend ensuite toute sa vigueur.

En France, le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement (CNRS, Université Joseph Fourier Grenoble I), le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA, CNRS, Université de Versailles-St Quentin) et le Centre de spectrométrie nucléaire et de spectrométrie de masse (CNRS, Université de Paris Sud) ont travaillé plus spécifiquement sur l’analyse du méthane contenu dans les bulles d’air piégées dans la glace.

Coordonné par l’European Science Foundation (ESF), le projet EPICA est financé par les 10 pays partenaires et par l’Union Européenne (projet en cours « EPICA-MIS »). En France, il a bénéficié plus particulièrement du soutien logistique de l’Institut Polaire Paul Emile Victor (IPEV) et du soutien scientifique de l’Institut national des sciences de l’Univers (INSU/CNRS).

Note(s):
Ce travail résulte de l’implication de chercheurs provenant de 10 pays européens : Allemagne, Angleterre, Belgique, Danemark, France, Italie, Norvège, Pays-Bas, Suède et Suisse.
Source(s):
One-to-one coupling of glacial climate variability in Greenland and Antarctica, Nature, 9 novembre 2006.
Contact(s):
Frédéric Parrenin, LGGE/OSUG
frederic.parrenin@lgge.obs.ujf-grenoble.fr, 04 76 82 42 65
Valerie Masson-Delmotte, LSCE
valerie.masson@cea.fr, 01 69 08 77 15
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